« Quand le Pénitent est tombé, j’ai eu l’impression d’avoir perdu une partie de mon monde ». Pour Alice Sarafian, c’est peu de le dire. Née aux Mées il y a 67 ans, elle compte parmi les figures incontournables de la commune bas-alpine au point que le maire Gérard Paul l’a honorée récemment pour ses 52 ans de bénévolat.

Lorsqu’on va aux Mées, on pense aux Pénitents. On pourrait aussi penser à Alice… Une odeur de patchouli nous saisit dès que la porte s’ouvre. Ambiance passion. Chez Alice boutique, on trouve des vêtements, mais pas que. Un sac à main rose fluo sur lequel on peut lire « un voyage au pays des merveilles » trône sur un présentoir. « Celui-là, il n’est pas à vendre  », précise Alice Sarafian. Un cadeau d’une cliente. Tout comme les figurines de chats qui peuplent les étagères et les vitrines. Et puis il y a les masques accrochés au mur, auxquels Alice voue une passion, deux cristaux porte-bonheur qui encadrent la porte d’entrée, quelques coupures de presse… Un petit peu d’une vie entière, en somme. 

Cela fait 50 ans qu’Alice est commerçante aux Mées. « J’ai fait de la résistance », sourit-elle. Entendez, de la résistance contre les grandes enseignes qui mettent à mal les cœurs de ville. Elle se réjouit de voir celui de sa commune continuer à battre. Plusieurs fois marraine d’entreprise, elle souhaite aujourd’hui avec l’appui de la mairie créer une association avec les anciens et les nouveaux commerçants. «  L’union fait la force », dit-elle. 

Tout a commencé lorsque ses parents sont venus s’installer aux Mées après avoir fui l’Arménie. Devenus commerçants, ils tiennent un bar tandis que son père gérera également un atelier de cordonnerie. « Il y vendait aussi des chaussures. J’ai repris son magasin lorsque j’avais 17 ans ». En 1975, la jeune femme s’installe dans le local qu’elle occupe encore aujourd’hui. « Pendant longtemps, j’ai vendu des vêtements et des chaussures de sport ». Des t-shirts d’enfant de la marque Coq sportif estampillés « Alice Sport » sont soigneusement pendus sur des cintres le long d’un mur, rappelant au bon souvenir de ceux qui l’ont connue cette époque révolue depuis 2004, année de naissance d’Alice boutique, où la sexagénaire à la chevelure flamboyante vend désormais des vêtements féminins et fait dépôt pressing. Elle a également eu un magasin de chaussures, « La Grolle », entre 1985 et 1990.

« Depuis 50 ans, j’ai toujours la même passion et le même respect à accueillir, conseiller et servir mes clients qui font partie de mon univers. Ma boutique est également un lieu de rencontre où je fais avec un très grand plaisir le relais de l’office de tourisme, vendant la beauté de mon village aux promeneurs et visiteurs ». En fait, avoue-t-elle avec un accent à la Pagnol, bien qu’elle soit bas-alpine, « mon magasin, c’est mon adrénaline ».

Elle préside également le comité des fêtes auquel sa boutique sert de bureau, a organisé un concert en faveur des familles touchées par l’autisme en 2018. « Je connais la valeur de la vie, la valeur des choses, et je ne pouvais pas passer à côté de ça en le sachant. J’accepte difficilement les échecs et lorsque j’entreprends quelque chose, je fais tout ce que je peux pour que ça réussisse ». 

Sous l’égide de la municipalité, elle a ouvert durant le confinement un atelier de couture avec son amie Brigitte, dont sont sortis quelque 8000 masques. « J’ai rencontré des femmes d’exception, des guerrières. J’aime les guerrières. Et je pense que j’en suis une parce que je me suis toujours battue pour la bonne cause. Et quand c’est pour la bonne cause, je ne lâche rien ».

Elle n’est pas du genre à baisser les bras, que ce soit pour elle ou pour les autres. « J’ai été élevée dans la générosité », confie Alice qui verse dans le bénévolat depuis l’âge de 14 ans. A l’époque, elle s’impliquait dans l’association de basket-ball, où elle a été entraîneuse de l’équipe féminine à l’âge de 20 ans. Puis, elle a été la première femme présidente du club de boules. Élue en 2005 à la Chambre de commerce et d’industrie sous la présidence de Jean-Paul Déo qui l’avait ralliée à sa cause, elle a été conseillère municipale sous la mandature de l’ancien maire Raymond Philippe et a accepté de faire un nouveau mandat avec son successeur Gérard Paul. Sans surprise, elle est déléguée aux festivités et aux commerces. « J’y suis allée pour mon village et j’y suis à fond. C’est important que les gens sachent qu’ils peuvent compter sur moi ».

Comme si cela ne suffisait pas, Alice trouve encore le temps de s’occuper des chats errants via l’association Chat les Mées. « Les chats sont comme moi, ils correspondent à mon caractère : l’indépendance, pourquoi pas ! ». 

Le maire de la commune l’a, paraît-il, dit lui-même dit : « Aux Mées, il y a les Pénitents, et il y a Alice ». L’histoire récente tend à montrer que les Pénitents sont des monuments plus fragiles…

Article et photo : Stéphanie  Martin